Passagères de nuit
Yanick Lahens
Éditions Sabine Wespieser, 2025, 121
p.
À la recherche de la
lumière
Et si la nuit n’était pas seulement
une période de sommeil, mais un espace où s’épanouit la liberté des femmes ?
Dans Passagères de nuit, Yanick Lahens nous convie à explorer l'ombre, à
la recherche du courage, de la mémoire et de la résistance discrète des
héroïnes qu'elle met en avant. Il y a eu un temps – et peut-être est-ce encore
le cas aujourd’hui – où la couleur de la peau déterminait un destin.
Dans Passagères de nuit,
Yanick Lahens examine cet héritage troublant à travers des femmes qui avancent
dans l’ombre, non pour s’y égarer, mais pour y trouver refuge. La nuit, loin
d’être un simple arrière-plan, se transforme en un espace de résistance, de
connaissance et d’émancipation. Situé entre la Nouvelle-Orléans du début du XIXᵉ siècle et
le Haïti postrévolutionnaire, le roman donne la parole à deux figures féminines
importantes : Élisabeth et Régina. Bien que séparées par le temps, elles sont
liées par une même lignée de violence, de silence et de courage. Dans un monde
marqué par l’esclavage, la domination masculine et l’exploitation des corps
noirs, être femme signifie vivre sous une menace constante. Pourtant, ces
héroïnes refusent de se présenter comme des victimes. Leur résistance ne
s’exprime ni par des cris ni par des affrontements directs, mais par une
insoumission intérieure, souvent silencieuse, mais toujours résolue.
Élisabeth, affranchie et commerçante
prospère, incarne un refus radical de la soumission. Après avoir été victime
d’une tentative de viol, elle choisit de fuir plutôt que de se laisser
anéantir, quittant La Nouvelle-Orléans pour Haïti, terre de mémoire et de
renouveau. Son parcours est celui d’une femme qui refuse de se laisser réduire
à un corps disponible. Régina, pour sa part, évolue dans le silence. Un silence
face aux humiliations, aux violences et aux désirs sexuels. Toutefois, ce
mutisme n’est jamais une forme de passivité : il devient une arme, une « première
déclaration d’amour à soi-même », un espace de reconstruction.
L'insertion du créole donne au texte
une musicalité unique et ancre le récit dans son contexte géographique et
culturel. Cette écriture nocturne, parfois chuchotée, éclaire les corps et les
consciences à la lueur d'une pénombre persistante. Cependant, cette richesse
stylistique peut parfois déstabiliser : certaines transitions rapides et la
multiplicité des voix requièrent une attention soutenue, au risque de perdre
temporairement le fil de l'histoire. Ce léger déséquilibre n'entame cependant
ni la force du propos ni la profondeur des personnages.
Passagères de nuit s'adresse à celles et ceux qui choisissent de marcher dans l'ombre pour
mieux saisir la lumière. C'est une œuvre profondément nécessaire, où la nuit
devient un espace de reconquête de soi, plutôt qu'un refuge de peur. La nuit,
omniprésente, sert de métaphore centrale. Elle représente le passage, la
transformation et la lucidité. À l'image de la chouette, symbole ambigu de
sagesse et de malédiction, les héroïnes discernent la vérité là où d'autres
demeurent aveugles. Traverser la nuit, c'est accepter de confronter l'horreur
sans se laisser submerger.
J’ai été profondément touchée par la
manière dont Yanick Lahens confie à la nuit la mission de révéler ce que le
jour refuse d’exposer. La nuit devient ainsi un lieu de transition et de
révélation, où les femmes apprennent à se tenir droites face à la violence et à
l’héritage de la domination. Comme le souligne le roman, « Il y a tant de
portes dans le monde qui donnent sur un autre monde » (p. 54), et ces
passagères de nuit osent franchir ces seuils invisibles, non pas pour fuir,
mais pour se reconstruire.
Je recommande vivement ce livre à
tous ceux qui désirent découvrir un roman intense, poétique et engagé, où la
résilience féminine se manifeste comme un acte de courage et de liberté.
Omamah Hasan
Département de français
Faculté des langues
étrangères
Université de Jordanie-Amman
Le nom des rois
Charif Majdalani
Éditions Stock, 2025, 113 p.
Lorsque le mythe se
confronte à la violence de l’histoire
Dans son nouveau roman Le Nom des
Rois, Charif Majdalani nous transporte dans un Liban d’avant-guerre à
travers une narration empreinte de touches autobiographiques. Le protagoniste,
cherchant à échapper à la réalité pragmatique de son père commerçant, trouve
refuge dans l’étude obsessionnelle des lignées royales. Pour lui, Napoléon et
Alexandre le Grand ne sont pas de simples personnages historiques, mais les
fondations d’un univers imaginaire où la gloire perdure.
La rupture se produit en 1975. À
l’éclatement de la guerre civile, le vernis des temps anciens se fissure.
Majdalani excelle à rendre compte de cette profonde désillusion : ce jeune
homme, qui admirait les conquérants, réalise avec horreur que la « vraie »
guerre n’a rien d'épique. Elle ne se résume qu’à des ruines et à la désintégration
des héritages familiaux. Comme le souligne l’auteur vers la fin de son œuvre :
« Je jetai un dernier coup d’œil aux montagnes... pour ce que j’avais investi
en elles pendant des années, les peuplant de tribus barbares et d’envahisseurs,
de rois antiques... » (page 112). Ce passage marque la fin de l’innocence et
l’entrée brutale dans l’âge adulte.
Majdalani utilise une langue
française très précise pour établir des liens entre la psychologie des
personnages et le cours de l’histoire. Cependant, cette richesse peut parfois
poser un défi au lecteur. La narration, bien que fluide, se concentre sur de
nombreux détails et une vaste galerie de personnages, ce qui peut
considérablement ralentir le rythme du récit.
Pour ma part, j’ai trouvé ce roman
quelque peu laborieux. Bien que la réflexion philosophique sur l’identité et le
temps soit captivante, la lenteur de l’intrigue et l’abondance des descriptions
peuvent devenir lassantes.
Je le conseillerais vivement à ceux
qui sont passionnés par l’histoire et la littérature contemplative, car il
offre une profondeur et une richesse d’analyse qui sauront les captiver.
Cependant, il pourrait s’avérer décourageant pour les lecteurs en quête d’un
récit plus dynamique et d’une action immédiate.
Sarah Da’na
Département de français
Faculté des langues
étrangères
Université de Jordanie-Amman
Le bel obscur
Caroline Lamarche
Éditions Seuil, 2025, 240 p.
Des personnages en quête
d’auteur
Le livre se structure autour de deux
fils narratifs. D'une part, la narratrice fait ressurgir la mémoire d'Edmond,
un ancêtre décédé prématurément en 1865 et effacé de l'arbre généalogique.
D'autre part, elle relate sa vie avec Vincent, son mari, qui lui a révélé son
homosexualité après plusieurs années de mariage. Deux figures masculines, l'une
spectrale et l'autre proche, qui ébranlent son existence. Elle enrichit son
écriture avec des documents familiaux, des lettres et des photographies
anciennes. Edmond, qui a vécu au XIXe siècle, a été oublié tant par sa famille
que par l'Histoire à cause d'une relation considérée comme inacceptable à
l'époque. Cette révélation aide la narratrice à mieux appréhender sa propre
situation et lui donne la force nécessaire pour aller de l'avant : « Il
m’a fallu rôder autour de l’effacement d’Edmond pour trouver une expression
datant de l’Antiquité qui s’applique à moi-même. Mais moi, je ne suis pas
morte. Surtout, je refuse d’oublier notre amour. Les racines en sont trop profondes,
trop tenaces. Faire table rase, refaire sa vie, ces formules si courantes
n’appartiennent pas à mon lexique. Pour tout dire, je ne les comprends même pas »
(page 32).
Pendant un moment, elle ne se sent
plus seule, entre les murs de sa chambre. Assise sur une chaise, elle entend le
léger bruit des papiers sur son bureau, remués par la fenêtre restée ouverte
toute la journée. Un verre de café au lait a refroidi, des mouches
l’assaillent, ainsi que le biscuit à côté. À cet instant, la narratrice retrouve
enfin son souffle. Elle prend une profonde inspiration. Pour la première fois
depuis longtemps, elle se met en marche.
Dans ce
texte, le présent et le passé résonnent, révélant que les malentendus et la
confusion traversent les décennies. Ce qui rend Le
Bel Obscur si percutant, c'est la façon dont Lamarche lie les différentes
temporalités et émotions. Elle montre que la douleur, le secret et la honte ne
masquent pas la beauté, mais l'enrichissent au contraire. Ce qui est « obscur »
devient « beau » lorsqu'il est enfin perçu et reconnu.
Malak Shalash
Département de français
Faculté des langues
étrangères
Université de Jordanie-Amman
La nuit au cœur
Nathacha Appanah
Éditions Gallimard, 2025, 190 p.
Quand on est grugé
On entend souvent que la lumière
émerge de l'intérieur de chaque individu, et que chacun est maître de son
destin. Cependant, que se passe-t-il lorsque le cœur est plongé dans une
obscurité qui transforme ses jours en nuits froides et solitaires ? Saura-t-il
briller dans les ténèbres, ou sera-t-il submergé par l'obscurité ?
La nuit au cœur aborde la violence faite aux femmes et le fléau des féminicides perpétrés
par des partenaires. Il évoque des signes d'alerte comme la manipulation, le
contrôle et l'isolement de la femme sous le prétexte de l'amour. Cet ouvrage
met en lumière les dangers de certaines relations, montrant que des hommes,
perçus comme intègres par la société, sont souvent présentés comme des maris
idéaux, alors que la réalité est très différente. Ces hommes sont célébrés,
tandis que la faute est attribuée aux femmes, qui subissent des violences
terribles de la part de ceux qui vivent sous leur toit. Ils justifient leurs
actes par des excuses telles que la jalousie, le choix vestimentaire ou
l’autorité conjugale, créant ainsi un environnement toxique pour les enfants
qui grandissent dans ces contextes.
L'histoire commence avec Nathacha qui
partage son expérience avec un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Au début, il
lui semblait offrir un sentiment de sécurité, presque comme une figure
paternelle. Cependant, cette relation portait déjà les germes du danger.
Celui-ci s'est manifesté lorsque son compagnon a commencé à l'isoler du monde
et à la manipuler, en jouant sur son amour pour la poésie et la littérature et
en lui faisant croire à leur connexion. Graduellement, la relation a
déséquilibré la narratrice, entraînant une souffrance psychologique. À travers
son récit, Nathacha Appanah illustre comment la violence faite aux femmes peut
commencer dans des relations qui paraissent normales, mais renferment de
véritables risques.
L'histoire se poursuit avec Chahinez,
une jeune femme algérienne divorcée et mère. Elle fait la connaissance de MB,
qui prétend être l'homme idéal, promettant amour et protection. Il lui propose
mariage et voyage en France. Toutefois, là-bas, la relation devient toxique,
marquée par la méfiance et une violence alimentée par une jalousie excessive.
Cette transformation affecte profondément Chahinez, qui, autrefois rayonnante
et pleine de vie, devient une personne perdue et effrayée, face à celui qui
était censé être son refuge.
La dernière femme est Emma, une jeune
Mauricienne mariée à RD et mère de trois enfants. Une nuit de décembre 2000,
son mari l’a poursuivie en voiture, l’a percutée et l’a écrasée, la laissant
morte devant leur maison. Son histoire dans le roman illustre le visage le plus
cruel de la violence faite aux femmes : une vie auparavant pleine de sourires
et d’énergie qui se termine de manière tragique.
Cette épreuve a poussé l’auteure à
rechercher et à raconter d'autres histoires de femmes, afin de montrer que
cette violence n’est pas un événement isolé, mais une réalité partagée par
beaucoup.
C'est sans aucun doute un roman à
lire. La nuit au cœur se présente en effet comme un miroir essentiel
pour la société. Le message le plus fort de l'auteure est que le silence
constitue une complicité dans le crime, et que l'écriture permet de briser
cette complicité. C'est une histoire révélatrice, visant à dévoiler la vérité,
à déconstruire les mythes de l'amour romantique toxique et à remplacer le
silence par l'écriture. L'auteure considère l'écriture non pas comme une forme de
thérapie passive, mais comme un acte politique pour reprendre le contrôle sur
sa vie.
Noor Ismail Abo Omar
Département de français
Faculté des langues
étrangères
Université de Jordanie-Amman
La nuit au cœur
Nathacha Appanah
Éditions Gallimard, 2025, 288 p.
Reprise du pouvoir
« Elle répétait toujours qu’elle
partirait… mais elle restait par peur. » Dès les premières pages, La nuit au
coeur de Nathacha Appanah confronte le lecteur à la brutalité de la
violence conjugale et à ses conséquences irréversibles. Ce texte explore trois
parcours de femmes marqués par la peur, le silence et l’enfermement : la
narratrice, sa cousine Emma et Chahinez Daoud, victime d’un féminicide.
À travers un récit fragmenté,
l’auteure partage son expérience personnelle tout en enquêtant sur les morts
d'Emma et de Chahinez. Ces femmes tentaient d’échapper à des hommes violents,
mais seule l’auteure a survécu. La violence ne se manifeste pas seulement par
des coups, mais aussi par une domination psychologique qui rend progressivement
les victimes silencieuses : « Chaque jour, elle devenait davantage silencieuse,
comme si sa voix s’évanouissait ».
Le texte met également en avant la
responsabilité collective. Les signes étaient évidents et les alertes
nombreuses, mais elles ont été négligées : « On avait détecté les signaux, mais
personne n’a voulu affronter la réalité ». Cette passivité, tant sociale
qu’institutionnelle, permet à l’agresseur d’agir librement et enferme les
victimes dans une tragique solitude.
Pour la narratrice, c’est le temps de
reprendre le pouvoir. La narratrice retourne les rôles en enfermant
symboliquement les agresseurs dans une pièce close, reprenant ainsi le contrôle
par le biais de l’écriture : « Je les laisserai mijoter un peu… ils appelleront
au secours en vain ». Les mots deviennent alors un espace de justice et de
réparation, là où la réalité a failli.
Ce roman m’a profondément touchée et
bouleversée. Il montre que le silence peut être aussi meurtrier que la violence
elle-même. La figure de la femme enfermée dans la peur habite le texte et le
lecteur. À travers une langue sobre et sincère, Nathacha Appanah tente de
libérer les victimes de l’emprise du silence et de rendre leur dignité par la
parole. La nuit au cœur est une œuvre nécessaire, qui oblige à regarder la
vérité en face et à ne plus détourner le regard. Écrite à la croisée du
témoignage personnel et de la mémoire collective, La nuit au cœur va
au-delà d’un simple récit individuel. Elle se transforme en cri pour celles qui
n’ont plus de voix et en appel urgent à reconnaître les signaux d’alerte avant
qu’il ne soit trop tard.
Majd Rasim Hindi
Département de français
Faculté des langues
étrangères
Université de Jordanie-Amman
La nuit au cœur
Nathacha Appanah
Éditions Gallimard, 2025, 288 p.
Sous le poids du
silence
Certaines réalités restent longtemps
cachées dans le silence collectif. La violence conjugale en fait partie, se
développant loin des regards et des mots. C'est ce silence que Nathacha Appanah
explore dans La nuit au cœur, un texte court et sérieux dédié à trois
parcours féminins marqués par la domination et la brutalité.
Le récit se concentre sur trois
trajectoires distinctes, un choix narratif qui permet à Appanah d'aller au-delà
du simple témoignage. Deux de ces femmes subissent la violence : l'une est écrasée
par un quotidien de contrôle et d'humiliation, tandis que l'autre est victime
d'un acte brutal et soudain qui lui coûte la vie. La troisième, quant à elle, a
survécu, incarnée par l'auteure elle-même. Elle adopte une
perspective à la fois intime et distanciée, non pas héroïque, mais pleinement
consciente de la fragilité de la survie. Cet amalgame de destins individuels
confère au récit une profondeur humaine remarquable, permettant de ressentir, à
travers chaque histoire, l'intensité et la variété des expériences liées à la
violence conjugale.
L'un des aspects les plus marquants
de La nuit au cœur est la manière dont l'auteure aborde la question de
l'emprise. La violence n'apparaît jamais comme un acte brutal isolé, mais se
développe progressivement, souvent à l'insu des victimes. Appanah met en
lumière avec subtilité des signes souvent ignorés : le contrôle discret, la
peur omniprésente, l'isolement croissant et la perte progressive de confiance
en soi. En illustrant cette montée lente et insidieuse de la domination, le
texte permet au lecteur de comprendre comment la violence conjugale s'installe
dans la vie quotidienne, devenant ainsi difficile à identifier, voire à
reconnaître.
Cette lecture m’a particulièrement
marquée par sa rigueur éthique. Elle rappelle que la littérature n'est pas
seulement un espace de fiction, mais aussi un lieu de responsabilité, capable
de nommer ce que la société préfère occulter. Cet ouvrage confirme donc que
l’acte d’écrire peut devenir un geste de mémoire, de résistance et de
transmission. C'est un roman qui, par sa retenue et sa profondeur, s'affirme
comme une œuvre majeure de la littérature contemporaine et renforce ma
conviction sur le rôle essentiel de la littérature dans la compréhension du
réel.
Lamis Nael El-Muhtaseb
Département de français
Faculté des langues étrangères
La Collision
Paul Gasnier
Éditions Gallimard, 2025, 134 p.
Au-delà de la simple
douleur : le pardon
Le récit suit un jeune homme face au
deuil, au choc et à l’incompréhension. Après l’accident qui a coûté la vie à sa
mère, la douleur ne s’efface pas : elle s’installe durablement et réapparaît
par moments, comme des vagues incontrôlables. L’auteur illustre avec précision
les effets psychologiques de cette perte, notamment le sentiment de vide, la
culpabilité et la difficulté à retrouver une vie normale après un tel drame.
En 2022, dix ans après l'accident,
Paul Gasnier choisit de briser le silence et de relancer l'enquête sur la mort
de sa mère, se sentant enfin prêt à affronter un passé douloureux. Au cours de
ses investigations, il découvre les souffrances et les épreuves vécues par
Saïd, dit "le motard", qui l'ont poussé à commettre cet acte
tragique.
Le roman va au-delà du simple récit
d'un accident ; il illustre comment un événement tragique peut bouleverser une
vie entière et influencer profondément l'identité d'une personne. La collision
est donc à la fois physique et intérieure, touchant aussi bien les émotions.
En outre, la rencontre entre Paul et
la sœur de Saïd représente un moment particulièrement marquant dans l'histoire.
Cette scène est chargée de malaise et de tension sous-jacente. Chacun vit sa
propre douleur, et leurs échanges, parfois hésitants, soulignent la difficulté
d'affronter la vérité quand elle touche à la souffrance de l'autre.
À travers ces parcours entremêlés, le
roman questionne la notion de responsabilité individuelle dans un contexte
social précaire. L'auteur révèle comment un ensemble de choix, de circonstances
et d'influences peut mener à une collision allant au-delà de la simple
culpabilité. La société décrite apparaît ainsi fragmentée, marquée par
l'exclusion et l'injustice.
Ce que j'ai particulièrement aimé
dans ce roman, c'est le courage et la grandeur de Paul, le narrateur, qui
s'efforce de comprendre les circonstances de la vie du motard qui a causé la
mort de sa mère, tout en exprimant son désir de vérité malgré la douleur.
Certaines scènes, en particulier celles qui suivent immédiatement l'accident,
sont particulièrement déchirantes, permettant aux lecteurs de ressentir sa
souffrance. Enfin, ce roman nous encourage à réfléchir sur l'importance du
pardon et sur la nécessité de surmonter la douleur pour continuer à vivre et
retrouver la paix intérieure.
Raghad Hani
Département de français
Faculté des langues
étrangères
Université de Jordanie-Amman
Kolkhoze
Emmanuel Carrère
Éditions P.O.L, 2025, 346 p.
Je suis le fils de ma
mère
Dans Kolkhoze, l’écrivain
Emmanuel Carrère, le fils d’Hélène Carrère d’Encausse -la première femme
secrétaire perpétuelle de l’Académie française- se remémore sa mère et explore
leur relation. Carrère y raconte l’histoire de sa famille aux racines russes et
géorgiennes, ainsi que les événements historiques qui ont marqué leurs
parcours, notamment durant les deux guerres mondiales en Europe.
Carrère souhaite explorer sa relation
avec sa mère, qui a joué un rôle clé dans son parcours d’écrivain. Ce texte
transcende le roman traditionnel en se présentant comme une autobiographie et
un portrait reflétant une relation à la fois admirative et conflictuelle. L’auteur
s’engage dans une quête pour comprendre l’amour qui les a unis, tout en se
demandant comment ce lien a influencé son œuvre. Ce récit devient également une
réflexion sur la mémoire et le deuil. Emmanuel Carrère s'appuie sur des
archives familiales pour retracer l’histoire de ses parents et de leurs
ancêtres, abordant les zones d’ombre et les contradictions de leur trajectoire,
telles que des engagements politiques ambigus, des relations controversées et
des choix de vie difficiles. Kolkhoze montre que l’amour et l’admiration
peuvent perdurer malgré les conflits. La mort de ses parents est narrée avec
respect et émotion, et le roman se conclut par un hommage : à travers
l’écriture, l’auteur cherche à comprendre la vie de ses parents tout en leur
exprimant sa gratitude et son affection.
Le titre de cet ouvrage, « Kolkhoze
», provient du russe et désigne les grandes exploitations agricoles de l’Union Soviétique.
Cependant, pour la famille d’Emmanuel Carrère, cela revêt une signification
différente ; c’était un rituel qu’Hélène Carrère institua avec ses trois
enfants avant de les coucher, en l’absence de leur père, Louis Carrère,
lorsqu’il était parti pour le travail. Les enfants se réunissaient autour de
leur mère dans un moment qu’ils appelaient leur kolkhoze.
Dès la première page de son livre,
Carrère écrit : « Cette nuit-là, réunis tous les trois autour de notre mère,
nous avons fait kolkhoze pour la dernière fois ». C’était au moment de son
décès en 2023.
J’ai été profondément émue par cet
ouvrage, car il souligne l’importance de nos origines et de nos familles qui
nous inspirent pour avancer dans la vie et mieux comprendre qui nous sommes et
d’où nous venons. Je le recommande à tous ceux qui s'intéressent à l’histoire
et aux relations familiales, car il illustre à quel point nos origines peuvent
éclairer nos parcours et enrichir notre compréhension de nous-mêmes.
Aroub Al-Zghoul
Département de français
Faculté des langues
étrangères
Université de Jordanie-Amman
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